Stèle funéraire

1er s.
Couleurs
MM-158612
Image HD

Description

Stèle funéraire
Titre
Stèle de Nâ-Bastet

Datation
1er s.
Lieu de création
Tell el-Maskhouta
Dimensions
haut.: 27.4 cm
larg.: 15.2 cm
poids: 4.400 kg
Matériaux
Pierre, décor sculpté
Numéro d'inventaire
A 2009-0002
Description
Cette stèle est datée du début de la domination romaine sur l'Égypte. Inscrite en démotique, sa provenance évoque les grandes pages de l'égyptologie genevoise. Peu après le percement de l'isthme de Suez, on entreprit le creusement d'un important canal reliant le Caire à Ismaïlia. Félix Paponot (1835-1897), ingénieur général en charge de ces travaux, établit sa somptueuse villa à proximité de cette cité du Delta oriental. En embellissant et agrandissant ses jardins, il eut la bonne fortune de découvrir plusieurs statues et documents pharaoniques. Les plus importants d'entre eux allèrent orner les avenues et places d'Ismaïlia, tandis qu'il conservait par-devers lui des objets de plus petites dimensions qu'il rapporta en France à la fin de son mandat . Félix Paponot ne se doutait alors pas qu'il s'était installé au-dessus des ruines du temple d'Atoum de Pithom, qui n'avait pas encore été identifié. Quelques années plus tard, en 1883, des fouilles archéologiques eurent lieu autour, et sans doute dans les jardins de l'ingénieur. Elles étaient dirigées par l'éminent égyptologue genevois Édouard Naville (1844-1926), mandaté par l'Egypt Exploration Fund de Londres, qui accomplissait sur ce site ses premiers pas d'archéologue, prélude d'une brillante carrière qui lui permettra d'explorer par la suite d'autres localités du Delta, puis de la Haute-Égypte. Les deux hommes furent en contact, puisque Naville reçut de Paponot les estampages de quelques monuments qu'il édita dans la publication finale de ses fouilles, même si la stèle acquise par le Musée d'art et d'histoire ne figure pas au nombre de ces documents. Le cintre de la stèle est surmonté de l'image du ciel, que soutiennent à chaque extrémité deux piliers (est et ouest) qui reposent sur une langue de terre. Dans ce microcosme, une défunte, debout à droite, lève ses deux bras en adoration face à deux divinités. Les légendes hiéroglyphiques l'identifient comme l'« Osiris [i. e. : la défunte] Nâbastet, née de Ounher ». Devant elle, un guéridon sur lequel sont disposés des pains, une aiguière d'où s'écoule une libation en direction des dieux et un bouquet composé de trois lotus (deux fleurs en bouton flanquent une corolle épanouie). Osiris est assis face à elle, les bras croisés sans ses sceptres régaliens. Le texte inscrit devant lui, la couronne et la barbe postiche n'en sont pas moins caractéristiques. Osiris est suivi d'Isis, debout, qui esquisse un geste de protection de sa main gauche dirigée contre l'épaule de son époux. Sa tête est surmontée de la coiffe en forme de vautour, insigne des déesses-mères, et de l'hiéroglyphe du trône qui écrit son nom Le corps de la stèle est constitué de neuf lignes en écriture démotique, système graphique dérivé de l'hiératique et langue qui fut en usage de la fin de l'empire pharaonique à la domination romaine. Ce texte comprend une invocation à l'âme-ba de la défunte, mais aussi plusieurs formules originales dont l'étude est en cours. Curieusement, cette écriture n'est pratiquement pas représentée dans les collections du Musée d'art et d'histoire, à l'exception d'une souscription (étiquette) sur le papyrus Minutoli (Livre des Morts), de bandelettes de momie sur lin, et d'un ostracon (comptabilité). Cette stèle complète ainsi le panorama des écritures développées par les anciens Égyptiens par un modèle soigné du dernier état de la langue autochtone, avant le passage au christianisme et l'adoption de l'alphabet grec pour écrire le copte.
Entre 1874 et 1877, Félix Paponot, ingénieur de la Compagnie de Suez, trouva dans le jardin de sa villa plusieurs statues et documents pharaoniques. Il ne se doutait alors pas qu'il s'était établi sur les ruines du temple d'Atoum à Pithom, que fouillerait plus tard l'égyptologue genevois Édouard Naville. Parmi ces objets a été mise à jour une stèle cintrée, inscrite en relief dans le creux. Elle se divise en deux parties. Dans le tiers supérieur est gravée une scène figurée. Elle est encadrée par le signe du ciel épousant la forme du cintre, soutenu par deux piliers, ainsi que par une bande de terre sur laquelle reposent ces derniers. À droite se tient la défunte, Nâbastet "qu'a mise au monde Ounher", les bras levés en signe d'adoration. Devant elle est assis Osiris, reconnaissable à la couronne-atef et à sa barbe postiche. Derrière lui sa parèdre, Isis, porte sur la tête une coiffe en forme de vautour, insigne des déesses-mères, et le hiéroglyphe du trône servant à écrire son nom. Entre les divinités et la défunte, des pains, des fleurs de lotus et une aiguière déversant une libation en direction des dieux sont posés sur un guéridon d'offrandes. La partie inférieure est inscrite d'un texte de neuf lignes en démotique, écriture "populaire" (du grec dèmos, "peuple") apparue au VIIe siècle av. J.-C. et réservée aux documents profanes. C'est une invocation à l'âme-ba de Nâbastet. Il contient quelques graphies particulières et plusieurs formules originales qui rendent malaisée la compréhension de certains passages, difficultés accentuée par le manque de parallèles provenant de la même région.
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CETTE ŒUVRE EST EXPOSÉE AU Musée d'art et d'histoire
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Collection(s)
Egypte et Nubie
Mobilier et architecture
Période
Antiquité

Bibliographie

Bibliographie
Cassin Barbara (dir.), Ducimetière Nicolas (dir.), Les routes de la traduction. Babel à Genève, [Exposition, Cologny (Genève, Suisse), Fondation Martin Bodmer, les Routes de la traduction. Babel à Genève, du 11.11.2017 à 25.03.2018], Paris, Genève, Gallimard, Fondation M. Bodmer, 2017, p. 54, repr. coul., n° 19
Laurent, Véronique et Ghislaine Widmer, Une stèle démotique anciennement découverte à Tell el-Maskhouta (Genève, Musée d'art et d'histoire, inv. A 2009-2), dans Bulletin de la Société d'Égyptologie, Genève, 29, 2013., pp. 77-92, pp. 80, 82, 85, fig. 1-3
Une stèle démotique intègre les collections d'archéologie, dans MAHG des Musées d'art et d'histoire de Genève, février-avril 2010, 2010,, 27
Chappaz Jean-Luc, Enrichissements des collections égyptiennes et nubiennes en 2009, Genava, n.s., t. 58, 2010, p. 211-214, p. 211-213, fig. 3, repr. couleur
Christie's, Antiquities, Tuesday 27 October 2009. Londres, 2009., pp. 34-35, n° 99
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