Statue colossale

Ramsès II
Couleurs
MM-050913 MM-151794 MM-212823 MM-260614 MM-260842 MM-262725
MM-050913
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Description

Statue colossale
Titre
Ramsès II

Datation
Ramsès II
Lieu de découverte
Boubastis
Découverte
Fouille; 1887 (partie inférieure); 1888 (partie supérieure)
Dimensions
haut.: 198 cm
haut.: 14.5 cm socle
haut. min.: 74 cm siège
haut. max.: 100 cm siège
haut.: 132 cm pilier dorsal
larg.: 56 cm
larg.: 56 cm siège
prof.: 102 cm
poids: 1832 kg avec le socle
Matériaux
Granodiorite noire, taillée, sculptée, gravée, socle peut-être ravalé et regravé, traces de peinture bleue, jaune et rouge (jadis). Forme : en deux fragments, siège cubique, pilier dorsal, socle quadrangulaire (formant piédestal à l'avant)
Mention obligatoire
MAH Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève. Don de l'Egypt Exploration Fund par l'entremise d'Édouard Naville, 1889
Numéro d'inventaire
008934
Description
Cette statue colossale représentant Ramsès II a été découverte, cassée en deux parties, par l’égyptologue genevois Édouard Naville lors de ses fouilles à Boubastis. Le fragment inférieur fut d’abord mis au jour en 1887, puis le fragment supérieur une année plus tard. Une fois les fouilles terminées, la statue voyagea sur une cargaison de haricots jusqu’à Liverpool, pour ensuite être acheminée jusqu’à Genève. Le pharaon, appuyé contre un pilier dorsal, est représenté assis, les mains posées à plat sur son pagne plissé. Il porte une épaisse barbe postiche et un uræus orne son front. Les inscriptions gravées sur les côtés du siège, la boucle de ceinture et le pilier dorsal l’identifient formellement en mentionnant les noms du roi : Ousermaâtrê (nom de couronnement) et Ramessou (nom de naissance).
Les deux morceaux constituant la statue colossale de Ramsès II furent exhumés en deux temps, à une année d’intervalle. Profondément enfouis dans le sol, ils tutoyaient la nappe phréatique et Édouard Naville, leur inventeur, note que le visage et la coiffe conservaient encore de vives couleurs qui s’évaporèrent lorsque la sculpture commença à sécher au soleil. Appuyée contre un pilier dorsal, elle représente le pharaon assis, les mains posées à plat sur ses cuisses. Son visage porte une barbe postiche, du fard souligne le contour des yeux. Un foulard rayé, noué en catogan sur la nuque, recouvre sa tête. Sur son front se dresse la déesse-uræus. Un large collier orne sa poitrine athlétique. Il revêt un pagne plissé ; les pieds sont nus. Les inscriptions l’identifient formellement : il s’agit de Ramsès II, dont les noms se lisent sur les côtés du siège, sur la boucle de sa ceinture et sur les trois colonnes de vœux gravées au dos : « Tant que le ciel/la terre existera, ton monument sera durable/établi, ô Seigneur des Deux Terres Ousermaâtrê élu de Rê, Seigneur des apparitions Ramsès aimé d’Amon », ainsi que les deux colonnes extérieures nous invitent à le lire selon une symétrie axiale, alors que le texte noté au centre insiste davantage sur la domination politique du roi sur les contrées étrangères, ennemies traditionnelles du roi d’Égypte. Ramsès ou Ramsès ? Malgré ces indications, l’identité du roi représenté fut mise en doute dès sa découverte par Édouard Naville lui-même, qui proposait de dater la ronde-bosse de la XIIIe dynastie (XVIIIe-XVIIe siècles av. J.-C.). Il suggérait que Ramsès II n’avait fait qu’ajouter son protocole à une statue préexistante, actualisation d’anciens monuments amplement avérée par ailleurs. Brièvement développée dans ses rapports de fouilles, son argumentation reposait sur un premier constat — fort discutable : le traitement, à vrai dire très grossier, des jambes ou des mains qui lui rappelait quelques maladresses des sculpteurs de cette époque dont les canons artistiques s’éloignent des meilleures productions du Moyen ou du Nouvel Empire. Une autre observation reste en revanche incontestable : la statue a été retouchée en au moins deux endroits, ce qui s’observe en examinant l’épiderme de la roche et le polissage de l’œuvre. Alors que l’ensemble est lisse et dégage un aspect brillant, les orbites paraissent rêches et mattes, et le triceps (sous l’épaule, à l’arrière du bras) présente ce même aspect, montrant les trois sillons caractéristiques de ce muscle. Or c’est là un détail d’exécution propre au règne de Ramsès II, et ainsi preuve apparente que des artisans auront ajouté ce détail pour configurer la statue à l’iconographie souhaitée par ce souverain. Cette opinion a longtemps prévalu et fut même longuement développée par Adriana Spallanzani qui, scrutant d’autres détails (telle la forme de l’uræus ou celle de la coiffe) et en les rapprochant d’autres sculptures, proposa comme propriétaire initial l’un ou l’autre pharaon de la XIIIe dynastie. Elle postulait également que les côtés du siège auraient été entièrement ravalés pour les inscrire aux noms de Ramsès II, comme l’aurait peut-être été le pilier dorsal, à moins qu’ils ne fussent initialement restés anépigraphes. Une vingtaine d’années plus tard, Claude Vandersleyen apporta des éléments nouveaux. Il constatait d’abord l’absence de traces probantes d’un ravalement du trône ou du dos de la sculpture. Il rappelait que de nombreuses statues égyptiennes montrent une qualité d’exécution très inégale, privilégiant la tête et le buste au détriment des membres. Pour lui, il aurait été impossible de modifier le nom du roi gravé dans la boucle de ceinture sans surcreuser la gravure première. Les proportions de la tête, conformes au canon artistique égyptien, excluent que celle-ci ait été modifiée car – exemple à l’appui de sa démonstration – cette dernière aurait fatalement été rétrécie et devrait alors être plus petite. Enfin, il reconnaissait dans les traits du visage la physionomie de Ramsès II telle qu’elle peut être observée sur bien d’autres monuments. Pour expliquer les différences d’aspects du polissage de l’œuvre aux orbites et sous les épaules, Claude Vandersleyen proposait une explication simple : la ronde-bosse aurait été exécutée durant les premières années de Ramsès II, puis modifiée par la suite sous son propre règne pour la conformer à l’évolution prise par l’iconographie du roi, probablement dans un autre contexte. Une grande voyageuse Le lieu de découverte n’est quant à lui assurément pas celui de l’érection première de la statue. En effet, le temple de Bubastis fut entrepris sous le règne du pharaon Osorkon II (milieu du IXe siècle av. J.-C.), période de long déclin politique et économique, près de quatre siècles après que Ramsès II eut rejoint le royaume d’Osiris. Tant pour inscrire leurs constructions dans une tradition glorieuse que par pragmatisme, les responsables des travaux ordonnés par Osorkon choisirent de démanteler des constructions devenues obsolètes, et sans doute déjà ruinées, pour en réemployer les matériaux ou orner la ville d’œuvres évoquant un passé prestigieux. Contrairement à bien d’autres éléments, la statue ne fut pas réutilisée dans des maçonneries, mais érigée une nouvelle fois dans le temple. Ainsi, cette effigie aurait, dans l’Antiquité, souligné la présence royale dans au moins trois sanctuaires : deux sous le règne de son commanditaire, probablement en lien avec les grandes agglomérations qu’étaient Memphis ou Héliopolis, avant d’être transférée à Bubastis (à une cinquantaine de kilomètres de ces centres du pouvoir historique et théologique de l’empire égyptien), afin d’asseoir la renommée de la nouvelle « capitale » d’où Osorkon II entendait régner. Après la fouille, la statue quitta l’Égypte avec d’autres trouvailles et navigua jusqu’à Liverpool sur une cargaison de haricots. Elle gagna ensuite Anvers, puis Genève. Elle orna dans un premier temps le hall de la bibliothèque universitaire, d’où elle fut littéralement kidnappée en 1910 par le directeur du musée d’Art et d’Histoire quelques mois avant son inauguration.
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CETTE ŒUVRE EST EXPOSÉE AU Musée d'art et d'histoire
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Collection(s)
Sculpture
Egypte et Nubie
Période
Antiquité
Lieu de découverte
Boubastis
Découverte
Fouille; 1887 (partie inférieure); 1888 (partie supérieure)

Bibliographie

Bibliographie
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Chamay Jacques, Antiquité : 180 articles de presse, Genève, Hellas et Roma, Slatkine, 2014, p. 371
Vandersleyen Claude, Cherpion, Nadine, Oosthoek Ann-Laure, Écrits sur l'art égyptien : Textes choisis, Bruxelles, Éditions Safran, 2012, p. 273-283
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Maurice-Naville Danielle, Laurence Naville et Corinne Eggly-Naville, La Plume, le pinceau, la prière. L'égyptologue Marguerite Naville (1852-1930). Récit biographique à trois voix, Genève, La Baconnière, 2014, p. 100
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Chappaz Jean-Luc, Ecriture égyptienne, Genève, 1986, p. 22-23, n° 11
Gutgesell Manfred, Der Friedensvertrag : Ramses und die Hethiter - Geheimdiplomatie im Alten Orient, Hildesheim, Bernward, 1984, p. 9
Vandersleyen Claude, La statue de Ramsès II du Musée d'art et d'histoire de Genève réexaminée, Genava, n.s., t. 31, 1983, p. 17-22, p. 17-22, fig. 1-2
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Spallanzani Adriana, La statue de Ramsès II du musée de Genève, Genava, n.s., t. 12, 1964, p. 27-46, p. 27-45, fig. 1, 11-17, repr. n/b
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Maystre Charles, "La nouvelle présentation des antiquités égyptiennes", Musées de Genève, n° 14.1, janvier 1957, [p. 2], [p. 2], ill. n/b
Wild Henri, "De la sculpture égyptienne", Musées de Genève,n° 2.7, juillet-août 1945, [p. 2], [p. 2]
Deonna Waldemar, Choix de monuments de l'art antique, Genève, Musée d'art et d'histoire, 1923, pl. 1
Deonna Waldemar, Catalogue des sculptures antiques, Genève, Impr. H. Jarrys, Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève, 1923, n°1, p. 7-8; p. 6 repr. n/b
Deonna Waldemar, "Administration du Musée en 1922", Genava, t. 1, 1923, p. 7-34, p. 21 (objet mentionné sous "marbre Duval" mais ancien fonds ne faisant pas partie du legs Duval)
Deonna Waldemar, Au Musée d'art et d'histoire de Genève, Revue archéologique, vol. 1, 1915, p. 303-325 [tiré à part p. 1-23], p. 318 [tiré à part p. 16]
Deonna Waldemar, Le nouveau musée d'art et d'histoire à Genève, Revue archéologique, vol. 2, 1910, p. 406
Naville Edouard, Bubastis : (1887-1889), London, Kegan Paul Trench Trübner, Excavation memoirs / Egypt Exploration Fund, vol. 8, 1891, p. 16 et 37, pl. XIV
Chamay Jacques, Les Genevois passionnés par l'Egypte depuis cent quatre-vingts ans, Tribune des Arts, n° 257, décembre 1997, p. 6

Expositions

Voyages en Égypte, de l'Antiquité au début du XXe siècle, Genève; Musée d'art et d'histoire - Charles-Galland, -

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